Paroles

L'essentiel en matière de logement est de faire face à un flux démographique important

Jeudi 22 mars 2012
Portage foncier, réhabilitation du parc privé, aide sur le PLAI…Les moyens mis en œuvre par le Conseil Régional en matière de logement, sont à la hauteur des enjeux.

« Tant que la Région pourra s’engager en faveur du logement, elle le fera ! »

Corinne Giacometti, Vice-Présidente du Conseil régional Languedoc-Roussillon, en charge de l'Habitat et du Logement social

Immobilier Mode d'Emploi : Quelle est l’implication du Conseil Régional en matière de logement ?

Corinne Giacometti : Depuis 2004, la Région a eu la volonté de s’investir dans le logement social, qui est, pour cette collectivité territoriale, une compétence volontaire. Nous avons ainsi contribué à réaliser plus de 18 000 logements sociaux ou étudiants en mobilisant 72 M€ d’aides régionales et le budget 2012 est maintenu à 22 M€. En 2011, la nouveauté a été d’apporter notre niveau d’intervention à la fois sous forme d’aide foncière mais aussi sous forme d’aide à la construction. Tant que l’Etablissement Public Foncier (EPF) Languedoc-Roussillon que je préside, n’a pas atteint son rythme de croisière, nous apportons cette aide aux bailleurs pour leur permettre de réaliser des logements sociaux. Nous intervenons aussi sur des cas spécifiques liés à des projets ANRU et nous accompagnons, par ailleurs, la réhabilitation du parc privé, en milieu rural par exemple, à partir du moment où les propriétaires bailleurs appliquent des loyers comparables à ceux du parc social. Nous proposons encore des aides liées à l’environnement, comme sur les installation photovoltaïque ou les logements BBC. Tout ceci est d’une grande importance quand l’on sait que la part de logements sociaux est inférieure à la moyenne nationale alors que deux personnes sur trois y sont éligibles.

IME : La situation est-elle à ce point tendue ?

Corinne Gaicometti : Les résultats transmis lors du Comité Régional de l’Habitat, le 8 février dernier, font apparaître une production de 3561 logements sociaux – avec les PLAI- agréés par l’Etat en 2010, 3 786 en 2011 et 4 200 logements attendus en pré-programmation. Si l’on intègre le financement PLS en 2011, nous approchons de 5 500 logements agréés en région. Or, nous sommes bien loin de couvrir l’ensemble de la demande sur le territoire. Il ne faudrait pas oublier que nous avons 55 000 familles en attente d’un logement, avec des jeunes mais aussi des moins jeunes ! Nous avons ouvert la production de logements à tous les bailleurs sociaux au niveau national. La charte régionale d’éthique qui vient d’être approuvée par les 44 bailleurs sociaux régionaux, a pour but d’éviter toute spéculation foncière, mais je tiens à souligner que nous avons à faire face à une telle pénurie qu’il y a de la place pour les opérateurs qui le souhaiteront, dans le respect, bien sûr, des règles édictées. Le parc social représente 10,2 % des résidences principales en Languedoc-Roussillon contre 16,7 % au niveau national.

IME : Où en est l’EPF que vous présidez ?

Corinne Giacometti : L’EPF Languedoc-Roussillon a été créé pour éviter toute spéculation foncière et inciter les maires à réaliser des logements sociaux sur leur commune. Le champ principal de l’action de l’EPF est le portage foncier notamment pour le compte des collectivités territoriales et de leurs groupements, dans l’attente de la définition des projets d’aménagement ou de construction qui pourront s’y réaliser. Il appartient donc aux collectivités de saisir l’EPF, le plus en amont possible de leur projet. En raison des besoins très importants en matière de logement en Languedoc-Roussillon, la destination des terrains portés par l’EPF sera à 70 % destinée à des projets d’habitat, dont un quart de logement locatif social, à 15% pour le développement économique et à 15% pour la prévention des risques. A ce jour 7 diagnostics fonciers ont été lancés sur des territoires intercommunaux, 65 conventions opérationnelles ont été élaborées pour un montant global de près de 67 millions d’euros permettant d’envisager à terme plus de 29 000 logements supplémentaires dont 7 600 logements sociaux. A fin décembre 2011, le montant des acquisitions foncières réalisées par l’EPF est de plus de 15 millions d’euros.

IME : Observez-vous une évolution des maires sur la question du logement social ?

Corinne Giacometti : Le rejet du logement social n’est plus aussi marquée qu’avant chez les maires qui étaient réticents. Mon rôle consiste à leur expliquer tout ce qui a été mis en place et nous apportons, notamment, l’aide à la maîtrise foncière. Cette nouvelle aide, conditionnée à une obligation de participation financière d’une autre collectivité, permet d’accompagner, depuis 2011, les communes en prenant en compte 50 % de la surcharge foncière des logements sociaux. Des communes sont cependant gênées par les PPRI ou par les zonages qui ont un impact sur les prix.

IME : Jusqu’où vous engagerez-vous ?

Corinne Giacometti : Nous devenons, par exemple, en matière de financement de logement étudiant, un intervenant essentiel, parfois à égalité avec l’Etat ! Depuis octobre 2007, la Région intervient à hauteur de 1 500 € par logement créé et 3 500 € par logement restructuré.  Cependant, nous sommes certes en pointe dans ce type d’engagement, comme dans le doublement de notre aide, de 58 €/m2 à 90 €/m2, sur le PLAI où les besoins sont plus importants. Nous avons conscience de jouer un rôle important. Au regard de la croissance démographique, nous ne rattrapons pas le retard mais nous ne l’aggravons pas non plus. Tant que la Région pourra s’engager, elle le fera car l’accès au logement est primordial et ce domaine est transversal, engage les maires de tous les bords politiques, accompagne le développement de l’emploi dans le secteur du BTP. Pour autant, nous n’avons pas vocation à nous substituer à l’Etat et nous devons rester particulièrement vigilants à son désengagement.

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