Paroles

La priorité : répondre à la demande et stabiliser les prix

Jeudi 24 septembre 2015
Parole d'expert d'Alain Juppé, maire de Bordeaux et Président de la Communauté urbaine de Bordeaux sur les différents projets de logements neufs à Bordeaux .

Alain Juppé, maire de Bordeaux et Président de la Communauté urbaine de Bordeaux :« La priorité : répondre à la demande et stabiliser les prix »


Comment concilier croissance démographique et qualité de vie sur la métropole bordelaise ?


Alain Juppé : Depuis prés de 20 ans, l’ensemble des énergies publiques et privées se mobilise en partenariat pour faire de l’agglomération bordelaise une métropole attractive. L’embellissement de la ville centre, l’aménagement des quais, le tramway, le label Unesco et la création d’équipements structurants tels que le Grand Stade, le Pont Chaban Delmas, la Cité des civilisations du vin, le Rocher, la Méca ont propulsé le grand Bordeaux au rang de métropole européenne. Avec une ambition de 10 000 habitants supplémentaires par an, dont 3000 à Bordeaux, la croissance démographique bordelaise est largement liée à la qualité urbaine, patrimoniale et paysagère qu’elle propose. La qualité de vie est une denrée recherchée qui attire à Bordeaux, mais qu’il nous faut préserver sur le long terme et c’est tout l’enjeu de la politique de développement urbain et d’habitat que nous mettons en place. Confiés à des urbanistes de renommée, tous les nouveaux quartiers sont aujourd’hui connectés aux axes de transport, soucieux d’accueillir l’ensemble des fonctions urbaines que sont l’habitat, les activités économiques, le commerce, les animations et les équipements publics. En matière d’habitat, je suis soucieux que chaque logement présente une qualité architecturale et une qualité d’usage qui lui permettront de conserver sa valeur et son attractivité dans le temps et de s’adapter à l’évolution des modes de vie. C’est pourquoi, tous les projets sont aujourd’hui co-élaborés avec les promoteurs, les bailleurs, les architectes, en prenant soin de proposer des typologies de logement diversifiées et des surfaces généreuses qui en améliorent le confort, le tout en veillant à des densités raisonnées et à la mixité sociale.


Parmi les projets d'aménagement, qu’attendez-vous de celui de Brazza ?


Alain Juppé : Le quartier de Brazza imaginé par l’architecte-urbaniste Youssef Tohmé sera un quartier épris de nature grâce à ses vues sur la Garonne et aux grandes peupleraies qui irrigueront le quartier et constitueront une prolongation habitée du parc aux Angéliques. Sur 53 hectares, Brazza prévoit 4 500 logements, des équipements ludiques et sportifs, de l’artisanat, de l’hôtellerie, des équipements publics, et des pôles d’attraction métropolitaine telle que la grande halle Soferti qui sera le cœur vibrant du quartier avec ses commerces et ses métiers de bouche. En termes d’habitat, j’ai voulu que Brazza soit un quartier accessible au plus grand nombre. Le quartier comprendra ainsi 45% de logements libres, et 55% de logements afin de proposer des logements à toutes les catégories de ménages. Ce quartier sera marqué par la réalisation de logements atypiques, les « volumes capables », vendus à des prix abordables dans lesquels les acquéreurs pourront aménager et personnaliser librement leur intérieur au fil du temps. Prés de 540 logements seront livrés sur ce modèle. Ce type d’habitat cible des ménages en quête de typicité, souhaitant personnaliser leur logement. Leurs acquéreurs seront co-constructeurs du quartier, leur investissement sera fort et ils seront les tenants de l’atmosphère générale de Brazza. Dans le même esprit, Brazza accueillera deux projets d’habitat participatif d’une vingtaine de logements chacun. Le quartier proposera des petites échoppes neuves (350 au total) ce qui constitue un produit très rare pour un hyper centre. Dans ce sens, Brazza vise aussi à satisfaire la demande en logements individuels des ménages qui vont habituellement en péri-urbain pour trouver ce type de bien à un prix raisonnable. Brazza est une solution contre l’étalement urbain et un quartier à vocation écologique.


La baisse des mises en vente est-elle de nature à vous inquiéter ?


Alain Juppé : L’année 2014 a vu une augmentation des ventes nettes de logements de +5% sur le territoire de Bordeaux Métropole et de + 8% sur Bordeaux même, dans un contexte où les mises en vente reculaient de -23% sur l’agglomération et de -6% sur Bordeaux. Cette baisse des mises en vente est essentiellement liée à l’installation des nouveaux exécutifs suite aux municipales et à la régression toute temporaire de la production en secteur aménagé. Ces chiffres montrent bien que lorsqu’une offre est disponible sur l’agglomération, elle trouve preneur auprès des ménages et des investisseurs. Les projets d’aménagement futurs ne sont en aucun cas inquiétés, au contraire, nous œuvrons pour qu’ils soient lancés le plus rapidement possible afin de répondre à la demande et à stabiliser les prix. Ainsi, d’importantes opérations d’aménagement vont prendre le relais de Ginko et des Bassins à Flot où 80% des autorisations d’urbanisme ont déjà été accordées. A Brazza, les premiers permis de construire seront déposés début 2016 sur le secteur Soferti pour prés de 350 logements. Les premières autorisations ont également été accordées dès 2014 sur le secteur Euratlantique, autour de la future gare LGV, qui comptabilisera à terme 7200 logements. Viendront ensuite le programme de Niel sur la rive droite de Bordeaux avec ces 3200 logements. Enfin, le PLU 3.1 qui vient d’être arrêté par Bordeaux Métropole permettra d’introduire de l’habitat sur le secteur du Grand Stade, traditionnellement orienté vers les activités tertiaires et logistiques, à partir de 2017. Prés de 1000 logements pourraient y être développés. A l’échelle de Bordeaux Métropole, le programme 50 000 logements que je détaillerai plus bas est également en phase opérationnelle et d’importantes ZAC sont en cours sur les quais de Floirac (1600 logements), le Tasta à Bruges (1600 logements), Gradignan (500 logements) et Carès à Eysines (750 logements).


Comment soutenir la production de logements ?


Alain Juppé : Bordeaux Métropole a prévu, dans le cadre de son Programme Local de l’Habitat, de produire 7500 nouveaux logements par an dont 3000 à Bordeaux et comme je l’ai indiqué plus haut d’importantes opérations d’aménagement ont été lancées pour satisfaire cet objectif. Les promoteurs immobiliers bénéficient à Bordeaux et sur l’agglomération d’une lisibilité importante qu’ils n’ont pas forcément ailleurs. La demande des ménages et des investisseurs est présente, les opérations d’aménagement sont opérationnelles ou en voie de l’être et leur phasage est connu jusqu’en 2030. 1350 hectares de foncier sont aujourd’hui identifiés et mobilisables à cet effet dont 310 ha dans les ZAC et PAE en cours, 310 ha dans les grands projets du Cœur de Métropole (Brazza, Niel, Euratlantique), 670 ha en secteur diffus. Bordeaux Métropole consacre un budget de 24 M€ par an en matière d’habitat, 3,5 M€/an en matière d’action foncière et 23,5 M€/an en matière d’aménagement. Ce sont au total 51 M€ qui sont investis chaque année par Bordeaux Métropole pour créer les bonnes conditions du développement urbain et de l’habitat.

 
En matière d'accession aidée, les dispositifs évoluent-ils ?  


Alain Juppé : L’accession à la propriété constitue souvent un désir, une sécurité, qui est difficilement accessible aux ménages, notamment dans un contexte où les prix moyens de vente dans le neuf se situent 3516 €/m² sur l’agglomération. A ces prix, seuls 20% des ménages peuvent acheter un T3 de 65 m². C’est pourquoi nous avons mis en place depuis 2011 à Bordeaux et 2013 à Bordeaux Métropole des dispositifs d’accession aidée à la propriété qui permettent d’une part de produire une offre de logements à prix maîtrisés vendue moins de 3000 €/m² (20% inférieurs aux prix de marché); et d’autre part de donner un coup de pouce financier aux ménages par le biais d’une subvention de 3000 à 6000 € par logement de la Ville de Bordeaux (le Passeport 1ier Logement), et d’un prêt 0% de Bordeaux Métropole. En 2014, 14% des logements neufs produits sur l’agglomération ont été vendus à des prix maîtrisés, soit une progression de 2 points par rapport à 2013. L’objectif inscrit au PLH, d’avoir 20% de logements vendus chaque année en accession abordable est donc réalisable si cette tendance se confirme. A Bordeaux par exemple, cette offre abordable permet à des ménages disposant de revenus équivalents à 2 SMIC d’acheter un T3 de 65m², alors que seuls les ménages disposant de 3 SMIC pourraient acheter au prix du marché. S’agissant des coups de pouce financiers à l’accession, Bordeaux Métropole a à ce jour accorder 80 prêts 0% à des ménages sur l’ensemble de l’agglomération en lien avec les banques partenaires, majoritairement pour l’achat de T3 et T4, preuve que la demande familiale est prégnante. La Ville de Bordeaux a accordé des aides Passeport 1ier Logement à 230 ménages pour un montant total de 792 000 €. Les dispositifs portent donc leurs fruits tant ils permettent de produire une offre de logements à prix maitrisé et de faire effet levier sur leur achat par des ménages primo-accédants grâce aux aides directes. Le temps est aujourd’hui venu d’harmoniser les dispositifs et d’encourager des communes à bonifier le prêt 0% de Bordeaux Métropole afin d’accroitre encore plus la solvabilité des ménages.
 

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