Paroles

Christian Louis-Victor, Président de l’Union des Maisons Françaises (UMF)

Mardi 18 mars 2014
Au moment où le marché semble apporter quelques éclaircies, l'UMF a officiellement annoncé un projet de rapprochement avec la grande Fédération Française du Bâtiment. Un entretien exclusif avec Immobilier Mode d'Emploi.

Christian Louis-Victor, Président de l’Union des Maisons Françaises (UMF)

Personnage emblématique du secteur de la maison individuelle en France, Christian Louis-Victor préside aux destinées de l’UMF, une union qui représente 750 marques de constructeurs. Au moment où le marché semble apporter quelques éclaircies, l’UMF a officiellement annoncé un projet de rapprochement avec la grande Fédération Française du Bâtiment

Le marché de la maison individuelle voit-il la sortie du tunnel ?

C L-V : Globalement, même si les acquéreurs potentiels semblent avoir trouvé un petit moment d’accalmie, la baisse est homogène en France avec, cependant, des disparités régionales. L’année 2013 a ainsi enregistré un recul de 17 % des ventes dans le secteur diffus de la maison individuelle. Mois par mois, le constat reste assez morose, mais ici et là - et ce fut le cas lors de grandes opérations de portes ouvertes dans le Grand Ouest – nous avons pu noter un nombre soutenu de visites sur plusieurs maisons expo, ce qui, admettons-le, ne fournit pas une donnée objective faisant état d’un revirement de tendance.

Ces signes préfigurent-ils une reprise du secteur ?

C L-V : Nous pouvons surtout nous demander si ces petites lueurs se trouvent amplifiées par des mesures gouvernementales, surtout dans un secteur – la maison individuelle – qui redémarre en général plus rapidement que le collectif. Comment ce redémarrage pourrait-il être amplifié ? Il tient essentiellement à deux paramètres : au prix et à la resolvabilisation des ménages. Les classes moyennes les plus enclines à la primo-accession affichent des revenus depuis 1 950 à 2 800 mensuel. Or, la capacité solvabilisatrice du PTZ, qui a été un fantastique outil, a été raboté, y compris sous le gouvernement précédent, avec la création des zones A, B1, B2 et C, les deux dernières étant défavorisées – par le biais d’une accélération des remboursements - en raison du souhait gouvernemental de reconstruire la ville sur la ville. Nous demandons donc que la méthode de calcul du PTZ soit revue. Pour atteindre les 500 000 logements neufs par an souhaités par le président de la République, il est impératif qu’un tel dispositif soit boosté pour réenclencher la solvabilité des ménages, d’autant que la demande est bien présente.

Les constructeurs souhaitent également prendre part à la construction dans des zones plus denses. Etes-vous entendu ?

C L-V : La volonté de redensifier les centres urbains est née dans les années 1990. L’UMF participe de cette réflexion et a lancé, par exemple, le challenge des maisons innovantes qui permet aux constructeurs de proposer des modèles adaptés à un habitat plus dense, en basse consommation, voire en Bepos. Nous sommes en mesure de construire 45 à 50 logements à l’hectare quand on en réalisait en moyenne une quinzaine. Ce sont les PLU et les SCOT qui doivent permettre de nous inscrire dans de telles opérations et les constructeurs doivent se donner la peine de se diriger vers des secteurs où l’habitat est plus dense, en s’associant avec des aménageurs fonciers, en s’ouvrant à d’autres acteurs, en travaillant en équipe – pourquoi pas avec un promoteur – pour y réaliser des maisons groupées.

L’UMF effectue un rapprochement officiel vers la Fédération française du bâtiment (FFB). Pourquoi ?

C L-V : Les entreprises françaises sont habituées à répondre seules à un marché. Or, le monde de demain est celui de la transversalité. Répondre de manière groupée où chacun maîtrise son métier, c’est ce qui anime l’UMF, et non pas, comme on a pu l’entendre, une motivation née d’une difficulté de trésorerie. Que chacun se rassure ! Je préside l’UMF (et antérieurement l’UNCMI ndlr) depuis 27 ans, qui représente 750 marques de construction, avec le soutien de nombreux organismes et industriels. Ce rapprochement avec la FFB, une fédération de métiers constituée de 100 000 adhérents, est en phase avec la volonté exprimée par Didier Ridoret, son président. Le projet consiste à mettre en place un grand Pôle Logement. Je pense que c’est un objectif important car, tandis que le monde ancien se termine, personne ne pense actuellement celui qui est devant nous. Ceci nous fournira un poids supplémentaire lors de négociations avec les élus et nous permettra de répondre aux appels d’offres de certains marchés.

Le métier de constructeur a-t-il beaucoup évolué ?

C L-V : Le métier s’est énormément technicisé. Un exemple ? Il y a 27 ans, le bureau de l’UMF était composé en grande partie de polytechniciens, puis ce fut ensuite le temps des constructeurs à vocation commerciale. Aujourd’hui, le bureau est composé de nombreux ingénieurs, d’un diplômé d’ESC et d’un diplômé en droit de la construction. Le constructeur se tourne de plus en plus vers la technique, se spécialise dans les questions liées à l’urbanisme, le droit, la fiscalité, mais aussi et surtout dans la maîtrise des systèmes normatifs. De plus, une partie des ventes se réalise sur Internet grâce à la création, par les constructeurs, de sites dédiés. La e-communication va dicter les modes de commercialisation des constructeurs dans les années à venir. Non seulement les constructeurs ont pris une longueur d’avance, mais ils sont bel et bien présents au rendez-vous de l’Histoire.  

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