Paroles

Bordeaux, "Construire moins génère une hausse des prix !"

Lundi 30 septembre 2019
Pour cette nouvelle édition spécial Bordeaux, nous avons rencontré Alexandra François-Cuxac, Présidente de la Fédération des
Promoteurs Immobiliers (FPI) de France.

Quel est l'état du marché français du logement neuf ?

Alexandra François-Cuxac : Les promoteurs vendent plus de 10 000 logements par mois et environ 400 000 logements seront mis en chantier en France en 2019. Le marché reste correct en volume, mais pas en tendance puisque les ventes baissent dans le collectif depuis plus d’un an.

 

Cette baisse est paradoxale. Elle contraste avec la très bonne tenue de l’ancien, avec les conditions d’emprunt très favorables, l’attractivité de la pierre, etc.. Si les promoteurs vendent moins, c’est faute de produits. Nos logements – plus respectueux de l’environnement, plus connectés, plus riches en service – répondent aux attentes des clients, mais encore faut-il pouvoir les produire ! À noter la situation particulière relative aux ventes en bloc. Ces dernières représentent près d’un quart de nos ventes mais elles sont pénalisées par l’attentisme d’une partie du secteur HLM, absorbé par sa réorganisation.

 

 

Comment expliquer, justement, le ralentissement des mises en vente depuis plusieurs mois ?

Alexandra François-Cuxac : La baisse des mises en vente, de -15 % par exemple entre le 2ème trimestre 2018 et le 2ème trimestre 2019, selon ECLN(1), est un phénomène observé à peu près partout sur le territoire.

Ses raisons sont d’ordre nationales. D’abord sur le nombre de permis de construire délivrés : en rythme annuel, nous sommes passés, en l’espace de dix-huit mois, de 260 000 à 220 000 PC délivrés dans le secteur du logement collectif. Comment expliquer cette « pause » des maires ? Les raisons sont rétrospectives pour certains qui ont autorisé des projets en 2016/2017 et « digèrent » les constructions. Elles sont prospectives pour d’autres, qui ont en vue les élections municipales de 2020, tous les élus s’inquiétant de l’évolution de leurs ressources après la réforme de la fiscalité locale.

A cela s’ajoutent des recours toujours nombreux, qui retardent des projets et conduisent souvent à les dédensifier. Enfin, du côté du secteur du BTP, nous nous inquiétons de la question des prix et de la disponibilité des entreprises.

Le recul des mises en vente porte deux risques. Il va entraîner moins de ventes en 2020, donc moins d’activité, de croissance, de recettes fiscales, d’emploi, etc. Il va aussi générer une tension sur les prix, que l’on observe déjà : + 5 % entre le 2ème trimestre 2018 et 2ème trimestre 2019 d’après ECLN.

Construire plus ne fait pas forcément baisser les prix, mais construire moins les fait assurément monter !

 

Quelles sont les priorités de la FPI ?

Alexandra François-Cuxac : La FPI affiche deux priorités. Il importe de ne pas remettre en question les dispositifs de soutien de la demande qui ont prouvé jusqu’ici leur efficacité, et je pense en particulier au dispositif Pinel.

Enfin, il est nécessaire de pousser la réflexion sur le choc de l’offre, entamée avec la loi ELAN et de se pencher sur le coût de foncier, la dynamique de filière du BTP ou encore sur la simplification pour la construction des logements(2).

 

 

(1) Enquête sur la commercialisation des logements neufs

(2) Alexandra François-Cuxac est vice-présidente du Conseil supérieur de la construction et de l’efficacité énergétique (CSCEE).

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