Enquêtes

Arrière Pays

Lundi 28 janvier 2008

Le bonheur est dans le pré !

 

 

Le soleil, la mer, la montagne, une qualité de vie agréable, les atouts du Sud ne manquent pas. Et si le littoral affiche des prix élevés, l’arrière-pays recèle des opportunités à prix nettement plus doux. Etalement urbain aidant, les campagnes de l’arrière pays du Languedoc-Roussillon sont aujourd’hui prises d’assaut par une clientèle d’urbains en mal de logement et d’air pur.

 

"Ils quittent un à un le pays pour s'en aller gagner leur vie, loin de la terre où ils sont nés..." Plus de trente années après sa sortie, la chanson de Ferrat n'est plus vraiment dans l'air du temps. Enfin presque. Car la campagne n'a jamais aussi été belle. A tel point que la transhumance pour le formica et le ciné s'est tout simplement inversée. Pollution, embouteillages et flambée des prix d'un côté, autoroutes, TGV, Internet et prix modérés de l'autre, sont passés par là.

Doublement des surfaces transformées par l’activité et la présence humaine

L’observatoire régional foncier mis en place par la Direction régionale de l’Equipement (DRE) Languedoc-Roussillon permet de mesurer les transformations des territoires touchés par la pression foncière particulièrement importante en Languedoc-Roussillon. Le phénomène est déjà ancien. Une étude réalisée en 1990 à partir de photos aériennes et portant sur les territoires compris entre vallée du Rhône et plaine narbonnaise montrait que les surfaces transformées par l’activité et la présence humaine avaient doublé en vingt ans. La DRE parle d’ « artificialisation » du territoire… Un phénomène qui s’est produit au détriment de l’espace agricole ainsi réduit de 9 300 ha. Si le littoral et les zones périurbaines sont concernés depuis longtemps par la pression foncière, ces territoires souffrent aujourd’hui cependant d’une raréfaction des terrains constructibles. Effet induit : l’arrière pays est touché à son tour par cette pression.

Flambée des prix du foncier dans les Cévennes

Depuis l’an 2000, les prix de l’immobilier se sont accrus de manière très forte sur tous les territoires. Toutefois, les taux de croissance observés sont très hétérogènes d’un secteur à l’autre. Ils sont en particulier plus élevés là où les prix étaient les plus bas, ce qui laisse supposer un effet de rattrapage. Toutefois celui-ci est assez minime et il est surtout effectif pour les zones gagnées par l’urbanisation. L’écart entre rural et urbain reste très conséquent. Témoin : le département du Gard. Une analyse des évolutions du prix du foncier établi par la DRE fait apparaître de très fortes différences dans les rythmes de progression. Les plus fortes hausses touchent les terrains à bâtir situés dans le Scot Pays des Cévennes. Dans l’arrière pays, les prix ont en effet quadruplé tandis que pour les autres territoires gardois, la hausse avoisine le triplement. Pour comparaison : sur la zone d’attractivité de Montpellier, les prix n’ont été multipliés que par 2. A l’échelle cantonale, les progressions peuvent être encore plus spectaculaires. Ainsi Barjac et de Lédignan dans le Gard, enregistrent une hausse voisine du quintuplement !


La péri urbanité Montpelliéraine atteint l’arrière pays héraultais

Les promoteurs immobiliers toujours en quête de nouveaux fonciers, ont bien compris l’attractivité accrue pour l’arrière pays. C’est ainsi que l’on a vu fleurir ces dernières années des résidences toutes neuves dans des communes de plus en plus éloignées des pôles urbains. Aujourd’hui, une commune comme Clermont-l’Hérault attire sur son territoire aussi bien des étrangers pour l’achat d’une résidence secondaire que des personnes travaillant sur le bassin d’emploi de Montpellier. Lodève qui espérait pouvoir en dire autant se voit aujourd’hui rassurée : « Les choses commencent déjà à bouger. La distance de Lodève à Montpellier n’est plus un problème ! » se réjouit Robert Lecou, le député-Maire de la ville. De fait, l’arrivée de l’A75 permet un désenclavement de ces territoires ruraux. Pézénas et les villages alentours voient arriver également d’un très bon Œil les promoteurs. La ruralité permet des prix de l’immobilier plus accessibles notamment pour les jeunes couples primo accédants. Les prix du neuf tournent autour de 2 500 euros le m2 habitable alors  que partout ailleurs on dépasse souvent 3 000 euros. Reste les déplacements… un calcul que les futurs propriétaires ne prennent pas toujours en considération. Le Crédit Immobilier qui reçoit régulièrement des ménages en quête d’un logement met en garde ses clients sur l’éloignement et avoue refuser même d’accorder certains prêts lorsque le projet ne semble pas viable. L’immobilier neuf dans l’arrière pays attire également les investisseurs grâce au dispositif « de Robien » qui permet de louer les logements situés dans une commune de la zone C à 8,52 euros le m2. Les opérateurs comme les investisseurs, commencent à lever le pied sur ce type d’opération. La demande locative de ces communes rurales a vite été satisfaite…

Triplement du prix des terrains le biterrois et la narbonnaise

Du côté du biterrois et de la narbonnaise la situation est identique. Les augmentations de prix en pourcentage ici très importantes depuis 2000. Alors qu’elles avoisinent les 100 % pour les maisons et les appartements, elles sont, pour les terrains à bâtir, de 144 % pour Agde, 175 % pour Béziers et… 234 % pour les communes hors aires urbaines ! La forte évolution du prix du foncier des communes hors aires urbaines résulte d’un rattrapage des prix, amplifié par une base de départ faible. La hausse mesurée en euros par l’observatoire du foncier de la DRE y est de 61 euros au m2 contre 77 pour Béziers et 94 pour Agde. A la recherche de terrains plus grands à des prix plus accessibles, ces nouveaux ruraux accentuent ici aussi le phénomène de périurbanisation. Les promoteurs s’intéressent également à ces territoires non exploités jusqu’à présent. Le tout nouveau directeur de Bouygues Immobilier Roussillon, Nicolas Bonafé avoue s’intéresser activement à l’arrière pays audois : « Il nous faut accentuer notre présence auprès des collectivités locales. Nous travaillons actuellement sur un projet à Lavalette au sud de Carcassonne. Notre objectif est de réaliser dans l’arrière-pays des résidences proposant une mixité de logements pour une une mixité d’habitants ». Des logements pouvant accueillir à la fois une population locale à la recherche de logements en accession ou à la location et des personnes venues le plus souvent de l’extérieur de la région en quête d’une certaine qualité de vie.
Pourtant que la « campagne » est belle…

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