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Comment définir le logement du futur ?

Lundi 27 mai 2019
Il ne s'agit ni d'une lubie ni du caprice d'une poignée d'industriels ou de promoteurs en mal de marketing. Evoquer le logement du futur, c'est prendre en compte la transition énergétique – et donc la raréfaction des ressources –, les changements de modes de vie, avec, notamment le vieillissement de la population, le tout dans un environnement technologique qui permet de nouvelles approches.

Le logement du futur amorce la mutation de l’habitat

 

Avant d’évoquer le logement du futur, dressons le constat. Dans son rapport sur l’évolution de l’habitat en 2050, l’Ademe fournit quelques pistes : la France compte aujourd’hui 64 millions d’habitants, dont 56 % en maison individuelle, avec une moyenne, bon an mal an, de près de 300 000 logements construits et un peu moins de rénovations.

En 2050, c’est-à-dire dans moins de deux générations, la population atteindra 72,3 millions d’habitants en France dont 60 % résideront en logements collectifs, dans un environnement où tous les bâtiments existants auront dû être rénovés.

Entre ces deux points du curseur, nous seront passés d’une consommation moyenne par logement de 190 kWh/m²/an à 75 kWh/m²/an. Cette inévitable mutation de l’habitat sera le produit d’autres mutations déjà bien engagées. La population va vieillir dans des proportions plus importantes que jamais et elle aura besoin de logements adaptés, accessibles, équipés pour adapter sa perte d’autonomie, voire médicalisés, avec, à la clé une forte croissance, déjà observable, des services à la personne.

De plus, la taille des familles évolue, notamment face au phénomène de recompositions, avec des mobilités accrues et il semble évident que ce que l’on nomme « pratiques solidaires » se développera, notamment en raison de la fragilité financière d’un certain nombres de résidents. Dans ce cadre, et c’est déjà le cas parfois en matière d’eau et d’énergie, l’habitant a besoin d’interagir avec son logement pour contrôler et réguler ses consommations.

Intervient alors une mutation qui est désormais incontournable, celle de la modification des climats, avec le réchauffement entre autres provoqués par nos logements.

Ce constat impose de maîtriser, modifier, repenser le chauffage, la climatisation, l’électricité, par des modèles constructifs adaptés et des matériaux plus performants.

Adapter le logement et donc parler d’habitat du futur nécessite d’aborder plusieurs approches simultanées comme le souligne le rapport (2017) du Conseil économique, social et environnemental régional d’Ilede-France : « C’est en fait aborder l’habitat universel : un concept qui devrait, à la fois être un habitat pour tous, quelle que soit sa situation (jeune, vieux, personne handicapée, en perte d’autonomie…) ; faciliter le maintien à domicile ; faciliter le lien social et le vivre ensemble ; éviter la stigmatisation ; faciliter le parcours résidentiel et donc de vie ».

 

 

Logements connectés et équipements partagés

 

Comme le souligne le rapport de l’Ademe, la connectivité va permettre la régulation des consommations énergétiques des logements et des équipements, le pilotage à distance de certains fonctions (chauffage, climatisation, protections solaires…), mais aussi le maintien à domicile des personnes à mobilité réduite.

À la possession prendra peut-être place le service et la mutualisation des espaces et des équipements, avec des lieux communs (buanderies, cuisines…) tandis que le bâti neuf prendra – et c’est déjà en partie le cas – de plus en plus compte des changements climatiques pour lutter contre les fortes températures avec la résorption des îlots de chaleur. L’appartement du futur sera à énergie positive, avec une mutualisation des productions et des équipements, comme le partage des surplus de chaleur et d’électricité produites entre bâtiments connectés.

Les appartements seront modulables et faciles à reconfigurer, tiendront compte de l’environnement en privilégiant l’éclairage naturel, le rafraîchissement passif, mais aussi des protections solaires produisant de l’électricité.

Le contrôle des usages de consommations, comme avec des capteurs intégrés permettant des régulations automatiques, seront généralisés. Tout ne se fera pas en un jour, mais la direction est d’ores et déjà prise.

 

 

Le logement social s’y met

 

Loin d’être l’apanage d’une partie élitiste de la construction, le logement du futur concerne tous les segments de l’habitat.

Un exemple ? En septembre 2017, le colloque « Humaniser la Ville. L’habita(n)t 3.0 », organisé à Toulouse par Patrimoine SA Languedocienne, s’est penché sur les usages du numérique dans le logement de demain. Eric Sadin, écrivain, philosophe et enseignant, invité du colloque avait bien résumé l’enjeu : « Le logement social suppose une attention particulière aux questions éthiques, politiques, sociétales.

Concertation, partage d’opinions et décisions prises en commun sont plus que bienvenues en matière de numérique dans ce secteur ». Une enquête menée auprès des habitants du parc de Patrimoine SA recoupe bien certains des enjeux précédemment soulignés, que résume bien, Noah, cet enfant de 12 ans : « Il faudrait des compteurs pour savoir combien d’eau et d’électricité on a consommé dans le mois et ainsi pouvoir se réguler ». L’approche du logement du futur, et ici en l’occurrence logement social, est d’autant plus intéressante et pertinente dans la métropole toulousaine où la collectivité s’appuie sur un laboratoire des usages.

À la question de savoir si le numérique dans le logement social est « utile ou futile », Xavier Denis, responsable transformation Digitale du réseau Batigère, répond : « Le numérique est un moyen d’imaginer un circuit d’informations cohérent, en temps réel, entre tous les acteurs qui participent à la résolution d’un problème, même lorsqu’ils ne sont pas concernés à un instant T ; il permet une traçabilité complète entre tous les acteurs qui parlent ainsi le même langage ».

Et c’est Pascal Barbottin (Directeur Général de PATRIMOINE et du Groupe Midi Habitat SA) qui rappelle la condition centrale du développement du logement du futur : « Le sujet du numérique est indissociable du sujet humain. La digitalisation doit se faire avec nous, avec tous ceux qui participeront et au profit de l’ensemble de nos locataires ».

Si le logement social est aussi avancé dans sa réflexion que le secteur privé, les chercheurs et les industriels, c’est que le logement du futur n’a, finalement, jamais été aussi proche de nous.

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